Hommage à Camillo BRAGHIERIE par Yvan COSTA

 

CAMILLO BRAGHIERI

 

Camillo BRAGHIERI, fondateur de la marque de micromoteurs CMB (Costruzioni Meccaniche Braghieri) est décédé le 25 mars, des suites d’une longue maladie.
Rare sont les modélistes possédant un bateau radiocommandé à moteur thermique, qui ignorait son existence, tant la marque qu’il avait fondée dominait le marché du micromoteur marin. Beaucoup connaissaient son nom, peu l’avaient rencontré.

Né le 9 septembre 1928 à Milan, il se passionne très tôt pour la mécanique. En 1950, il fabrique son premier moteur pour l’aéromodélisme et construit un 50cc pour motocyclette, qu’il dupliquera pour quelques amis.

Passionné de pêche (sa deuxième grande passion), il fabrique un moteur hors bord ainsi qu’un moteur de moto de 125cc, ce qui le conduit sur le circuit de Monza. Il y côtoie les grands pilotes moto de l’époque et parfois réussit à enfourcher un de leurs bolides pour quelques tours de ce circuit mythique, réalisant un rêve. Il modifie également le moteur de son Alfa Roméo et s’installe à son compte dans un atelier de production mécanique qu’il gardera jusqu’en 1990. Il travaille en sous-traitance pour les industries de la région. Progressivement, il délaissera ce travail pour se consacrer uniquement à la production de moteurs.

Avec son fils Mauro qui, très jeune, a hérité de la passion du père, il s’aligne dans une première course de bateaux radiocommandés en 1975. Il modifie des moteurs existants, mais n’est pas satisfait de leur fiabilité.

En 1977, il fonde la marque CMB, dessine et usine dans son atelier son premier moteur marin de 15cc. C’est le fameux moteur à culasse carré, qui avait deux particularités : un carburateur à tiroir et une bielle en acier montée sur aiguilles jointives. Il était monté avec un piston à segment. Nombre de ces moteurs tournent encore en France et ailleurs. C’est dire leur robustesse. Il faut se souvenir qu’à cette époque, tourner ½ heure sans avoir d’ennuis mécaniques, n’était pas courant !

La France découvre ce moteur en 1978, après un article écrit par Serge COSTA à propos d’une compétition organisée par un importateur Italien : le Trophée MANTUA. Il sera d’ailleurs le premier non-Italien à acheter ce moteur qui venait à peine d’être commercialisé.

C’est l’époque où Giorgio MERLOTTI, qui tourne avec des OPS, domine la catégorie Italienne et mondiale. Après que l’ingénieur PICCO quitte OPS pour fonder sa marque, il le suivra et deviendra le pilote de la marque.

Conscient que même avec le meilleur moteur du monde on ne gagnera jamais si l’on n’a pas une coque capable de maîtriser sa puissance, Camillo charge un ami architecte naval Romain, de dessiner une coque. Ce sera la fameuse « Delphino », qui sonnera le glas des coques « silak » et autres « Kankar » dessinées par Giorgio MERLOTTI. C’est l’époque où en France, Jacques DUBERNARD travaille sur ses coques « Delta » , qu’il équipe de moteurs Rossi.

Dépassé, Giorgio ira piloter des hélicoptères, avec talent, car c’était un fameux pilote.

En 1980, en 15cc, aux championnats du monde à Rotterdam, Mauro gagne. Il a 20 ans et une permission exceptionnelle du ministère Italien des armées pour disputer ce championnat. C’est la première consécration internationale. Il y en aura d’autres, beaucoup d’autres. Mauro termine également deuxième en 3,5cc avec un moteur modifié par Camillo, qu’il m’offrira quelques années plus tard, en témoignage d’amitié. C’est un carter de K&B retourné, équipé d’un carburateur à tiroir et conçu pour tourner en direct. Plus tard il produira le « valvola ».

Il décide dès le début des années 80, d’équiper le moteur « carré » d’un vilebrequin à double masselottes. Aux championnats du monde en 1982 aux Andélys, en France, c’est Paolo GUALDI qui gagne avec ce moteur. Il ne cessera de le faire évoluer, modifiant le carter, puis réduisant le diamètre du piston et allongeant sa course, pour arriver au 91RS actuel qui est le moteur marin de 15cc incontournable. Aucun constructeur concurrent n’a réussi à ce jour, à produire un moteur de puissance et de fiabilité comparable.

CMB, avait conçu dans les années 80, un moteur pour avion RC de 10cc, mais il ne poursuivit pas au-delà cette expérience.

Il a également conçu et continue de commercialiser des moteurs de 3,5cc pour voiture RC de pistes et TT. Mais cette production reste marginale au regard de celle des moteurs marins, dont il est le leader mondial.

Les performances de ses moteurs aidant, CMB s’impose progressivement sur ce marché du micromoteur marin. Il constitue une équipe de pilotes essayeurs metteurs au point talentueux comme Paolo GUALDI ( un Milanais ex-pilote de coque in-shore grandeur) Sergio ROSSI aux nerfs d’acier, l’Allemand Joachim HOFF, les Anglais Ian FOLKSON et Dave MARLES, les Français Gérard BRUN et Yvan COSTA. La bataille avec OPS est terrible. OLIVIERI père et fils, Alessandro MAZONNI, complètent l’équipe OPS autour de MERLOTTI. Elle est doublée par un conflit entre les deux fédérations modélistes Italiennes: d’une part la section modéliste de la Fédération Italienne Motonautique (FIM), richissime puisque bénéficiant de subventions provenant du toto-calcio (paris sur les matches de football Italiens) et affiliée à l’Union Internationale Motonautique (UIM), et d’autre part la fédération modéliste Navimodel, affiliée à la fédération mondiale de modélisme NAVIGA, sans le sou, mais bénéficiant du réseau international. Si les effectifs Italiens ont fondu au point de ne rassembler pour une compétition nationale, qu’une trentaine de concurrents aujourd’hui, il faut en chercher, en partie, les raisons dans cette guerre modéliste transalpine !

Camillo et Mauro sont adhérents des deux fédérations. Leur but est de s’aligner dans les compétitions, quels qu’en soient les organisateurs, et de gagner. La compétition est un terrible banc d’essai. C’est l’épreuve de vérité.

En juin 2000, il déménage et s’agrandit pour une nouvelle usine. Les machines à transfert font leur apparition. Mauro, qui a suivi des études d’ingénieur, s’occupe de la programmation des machines et progressivement, entreprendra l’évolution des moteurs. Elizabeth, sa fille, prend en main la partie administrative car Camillo n’y a jamais porté attention. Il prépare sa succession.

Le monde est vaste, le marché US est important : il représente à lui seul, autant que le reste du monde. Il produira des moteurs spécifiques pour ce marché, des moteurs qui poussent fort pour une durée de course limitée. Il faut affoler le radar, pour séduire les Ricains ! Parallèlement, il noue des contacts avec l’américain Andy Brown, pour le compte de qui il produira des moteurs MAC, jusqu’à tant qu’un différend commercial ne les sépare.

De tous les moteurs qu’il a réalisé, c’est certainement le 35cc qui lui tenait le plus à cœur. Lorsqu’il a sorti la première version de ce fantastique moteur, nous avons eu l’impression très nette qu’il avait réalisé son œuvre. Nous avons assisté à une séance d’essais de différents allumages, au banc, à Milan, au cours de l’année 2008. Ca n’était pas un octogénaire qui faisait monter les régimes du moteur de 35cc, mais bien un homme sans âge, jubilant comme un gamin, comme fasciné par la machine.

Il avait vu grandir deux de nos meilleurs pilotes Français, et nourrissait pour eux, une tendresse particulière : Erich Costa et Sébastien Vidémont. Ils auront, de son vivant remporté à eux deux, 11 titres de champions du monde, dont deux comme junior. Durant 5 championnats du monde successifs, ils se partageront le titre en 15cc, celui qui demeure le plus difficile à conquérir. Ils constituent avec les Allemands Cristoph SCHNEIDER et Cristopher HAUENSCHILD, le Suédois Frédéric CEDERBERG, l’Italien Walter SELJAK, les Belges Steven KINDT et Dieter SMEET, une fameuse équipe qui sera difficile à battre dans les prochaines années.

Camillo BRAGHIERI a piloté, pour son plaisir, jusqu’aux championnats du monde de 2002, en Pologne. Il avait alors 74 ans. Toujours présent au bord des bassins, il ne cessera de conseiller ses amis-pilotes et était capable, à l’oreille, de déceler un moteur réglé trop pauvre (manque de carburant), un accord d’échappement trop court, un régime moteur trop bas, une hélice trop grosse.

C’était surtout un homme affable. Il se fondait dans la foule, se mêlait aux conversations, renseignait, s’inquiétait. Qui le souhaitait pouvait l’aborder. C’était un homme doté d’une grande simplicité, qui ne s’est pas altérée avec le temps.

Nous l’avons vu une dernière fois à la fin du mois de janvier de cette année. Il pensait s’arrêter de travailler en fin d’année, mais la maladie en a décidé autrement. Il a été présent jusqu’au 15 février, comme chaque jour, devant l’établi, ses machines-outils proches, à façonner de ses mains de nouvelles pièces, de nouveaux moteurs.

Sa fille Elizabeth et son fils Mauro, vont assurer la succession de la marque CMB, qui restera ainsi une affaire de famille. La passation du savoir a été faite, les choses sont en place.

Nous, il nous restera à jamais, l’image du petit homme avec sa casquette et sa bonne humeur, sa science et sa passion pour la compétition mécanique ainsi que sa grande gentillesse.

Ciao Camillo !

Yvan COSTA Le 08/04/2010

 

 

Photo n°1 En 2008, la finale d’endurance 15cc des Championnats du Monde vient de se terminer. Mauro est pour la deuxième fois Champion du Monde dans cette catégorie. Sur le ponton, Camillo est entouré par Elizabeth sa fille et Mauro.

 

Photo n° 2 Camillo et Mauro Braghieri ainsi que leur 35cc victorieux, à Léno, en Italie, en Août 2008.

 

Photo n°3 Vérification de la cylindrée du 35cc après la victoire au mondial de 2008.